L'ancien ministre Gaston Zossou s'adressant aux manifestants Photo: Vincent Agué

Au Bénin, on a encore marché pour réclamer les élections

Au Bénin désormais, c’est « tu marches, je marche »dans le rang des partis politiques béninois. La marche est devenue le nouveau mode d’expression des forces politiques. Après les conférences, les conventions et les grandes déclarations dans la presse, la marche est en passe de devenir la nouvelle alternative à la mode pour marquer sa présence dans le paysage politique béninois. Et surtout pour exprimer un certain mécontentement. 

Qu’on se souvienne, le 29 octobre 2014, une coalition de partis politiques d’opposition, de la société et d’autres observateurs de la vie publique connue sous la dénomination de Plateforme des forces démocratiques battait le macadam à Cotonou. Une manifestation monstre qui a drainé un monde fou et dont la réussite ne se mesure qu’à son échos national et international. L’objectif de cette mobilisation : réclamer des élections locales, communales et municipales qui tardent à venir tel une arlésienne.

Les manifestants de l'opposition dans les rues de Cotonou, Photo : Maurice Thantan

Les manifestants de l’opposition dans les rues de Cotonou, Photo : Maurice Thantan

Ce 11 décembre 2014, ce sont les mêmes raisons qui ont repoussé les manifestants dans les rues. Réclamer la tenue des élections communales, municipales et locales avant celles législatives prévues en 2015. Et plus généralement dénoncer la gestion du pouvoir par le Président Boni Yayi.

Si le 29 octobre, les partis politiques de l’opposition étaient les seuls à battre le pavé à Cotonou, aujourd’hui ils ont eu la réplique à leur marche. En effet, les partisans de Boni Yayi étaient aussi descendus dans les rues pour soutenir l’action du Chef de l’Etat en cette date symbolique pour le Bénin et sa démocratie. Les deux groupes ont emprunté des itinéraires différents, très éloignés l’un de l’autre. Il n’y a donc pas eu d’affrontements.

Hier, 10 décembre à Porto-Novo, la capitale du Bénin, les deux camps s’étaient déjà « affrontés » par marches interposées.

Les partisans de Boni Yayi manifestent leur soutien au Chef de l'Etat

Les partisans de Boni Yayi manifestent leur soutien au Chef de l’Etat

Contexte

En effet, prévues pour se tenir en mars 2013, lesdites élections sont sans cesse reportées et les élus locaux voient leur mandat prorogé sans cesse. Cause : la correction de la LEPI (Liste Électorale Permanente Informatisée est toujours en cours). En fait, la liste électorale qui a servi aux présidentielles de 2011 a été contestée (nombreuses personnes non recensées, données inexactes, doublons etc). Après de nombreuses tractations, les partis politiques ont finalement décidé de toiletter le fichier avant de l’utiliser aux prochaines élections. D’où la mise en place du COS-LEPI (Conseil d’Orientation et de Supervision de la LEPI).

Autrement dit, la liste électorale qui a permis d’élire le Président de la république au premier tour en 2011 (inédit dans le pays) n’est même pas suffisamment bon pour servir à l’organisation d’élections locales.

Mais depuis sa mise en place, le Cos-Lépi peine à atteindre son objectif. Il n’arrive même pas à tenir les délais qu’il se donne dans la réalisation des différentes étapes de la correction du fichier électoral. Ses responsables incriminent le gouvernement. Ils l’accusent de ne pas mettre les moyens financiers à disposition de l’organe. L’exécutif, quant à lui, décline toute responsabilité. Dans le rang des politiques, on évoque un plan machiavélique du Président Boni Yayi qui lui permettrait de rester au pouvoir. Pourtant ce dernier l’a assuré à plusieurs reprises qu’il n’a pas l’intention de rester au delà de 2016. En effet, l’actuel Chef de l’Etat arrive au terme de son deuxième et dernier mandat constitutionnel dans moins de deux ans. Mais, certains observateurs estiment que de report en report des élections, on pourrait arriver à ne pas organiser les législatives prévues en 2015. Le vide juridique qui en découlerait de fait pourrait offrir des opportunités au Président.

C’est dans ce contexte que la marche du 29 octobre a été organisée pour mettre la pression sur le gouvernement. Celui-ci a pris conscience de la situation et a annoncé un dialogue politique avec l’opposition et la société civile afin de réaliser un consensus autour de l’organisation des élections. Finalement, ce dialogue n’aura pas lieu, l’opposition ayant estimé les conditions de la concertation mal définies.

11 décembre : anniversaire de la constitution du Bénin

Comme on peut s’en douter, s’il y  a une avalanche de marches ce 11 décembre, il a bien une raison (particulière). Elle tient plus du symbole que des raisons affichées par les différents protagonistes. En effet, le 11 décembre marque la date anniversaire de la constitution béninoise. Ce 11 décembre 2014, la constitution du Bénin votée par voie référendaire puis en promulgué en 1990 a exactement 24 ans.  Les différents organisateurs ont donc vite fait de surfer sur le symbolique de cette date pour donner une certaine résonance à leurs initiatives. C’est l’une des raisons qui justifient la prise d’assaut de la date.