Bénin : la carte d’électeur de toutes les moqueries

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Le dimanche 26 avril 2015, c’est jour de vote au Bénin. Quelque 4,4 millions de Béninois sont appelés à renouveler les 83 sièges de députés de l’Assemblée nationale. Aujourd’hui, on est sûr que le scrutin aura lieu dimanche, mais il a failli, à plusieurs reprises, être reporté. Et pour cause, les tergiversations entre le gouvernement et le Cos-Lepi, l’organe en charge du toilettage de la liste électorale contestée depuis le KO du président Boni Yayi en 2011. Toutefois, à chaque difficulté, la Cour constitutionnelle a su se montrer prompte pour déterminer le rôle de chaque acteur. Dernier acte en date, la distribution des cartes d’électeurs a démarré avec plusieurs jours de retard à cause des mêmes raisons.

Si le président a dû décréter fériée la journée du lundi dernier pour permettre aux citoyens d’aller retirer le précieux sésame, cette mesure ne pourra pas rattraper le temps perdu. La distribution devrait se poursuivre jusqu’au jour du vote avec les possibles tensions qui vont avec. En fait, le nouveau code électoral prévoit deux phases de distribution des cartes d’électeurs. La première devrait durer 15 jours et se dérouler plusieurs semaines avant le jour du scrutin afin de permettre aux retardataires de retirer leur carte dans une seconde période (moins long). Actuellement, on fait tout en un sans aucune assurance réelle de réussir l’opération. Qu’à cela ne tienne, les Béninois qui réclament les élections depuis des mois, voire des années (les élections municipales prévues en mai sont reportées et auraient dû avoir lieu en 2013) se pressent pour aller retirer leur carte. On a beau critiquer les délais de distribution des cartes, la mauvaise organisation (avec notamment l’idée de distribuer les cartes le jour même du vote), tout le monde tient à ce que le scrutin ait lieu malgré tout.

De fait, les attentions sont plutôt focalisées sur des sujets plus légers. La forme de la carte d’électeur par exemple. Trop grande, falsifiable, en dessous de son coût ou encore peu résistante. Depuis les premières distributions, le document fait l’objet de nombreuses critiques. Parfois en colère, souvent déçus mais toujours avec une bonne dose d’autodérision, les électeurs béninois se déchaînent dans leurs commentaires sur les réseaux sociaux. Voici quelques morceaux choisis. Les « 3 bonnes raisons d’aller chercher notre carte d’électeur » méritent une attention particulière…

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Drôle de cartes d’électeur! Vraiment. C’est une grosse regression.Hey, avant de venir palabrer ici là, va chercher pour toi hein. 😀

Posted by Deo Gratias Kindoho on Wednesday, April 22, 2015

 

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#Benin #Elections #LEPI : Ils nous donnent un jour chômé , donnons leur une législature retraitée ! Il est ahurissant de…

Posted by Lionel Kpenou-Chobli on Monday, April 20, 2015

Je n’ai pas arrêté de la retourner dans tous les sens depuis hier… C’est vrai qu’elle est moche! 😀 Mais bon…Pour…

Posted by Deo Gratias Kindoho on Sunday, April 19, 2015

 



Wasexo : le hashtag « made in Bénin » est arrivé sur les réseaux sociaux

 

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Il a fait son entrée sur les réseaux sociaux au Bénin depuis un mois environ. Le hashtag #wasexo est en train de s’imposer peu à peu comme le mot dièse identitaire du Bénin pour référencer les contenus relatifs au pays sur les réseaux sociaux et sur le Web et en général. En une trentaine de jours, il a été utilisé près de 5 000 fois loin devant les hashtags traditionnels comme #Bénin et #Team229. Des personnalités politiques, des blogueurs et autres personnes influentes dans la webosphère locale et à l’étranger l’ont très vite adopté lui assurant une certaine notoriété.

Inspiré d’une émission populaire

Si les Béninois avaient déjà essayé plusieurs hashtags par le passé sans grand succès, celui-ci présente quelques avantages qui militent en sa faveur. Ils pourraient en effet,  l’inscrire dans la durée comme le hashtag identitaire avec lequel on référence les contenus béninois sur les réseaux sociaux. D’abord, il est court et facile à retenir. #wasexo c’est trois syllabes comme #kebetu ou encore #Iwili. Ensuite, c’est en langue locale. Mieux, il signifie la même chose dans plusieurs langues nationales, notamment dans deux des plus parlées du pays (fon et goun).

L’autre avantage du hashtag #wasexo est que pour une grande majorité de Béninois, wasexo fait penser à une émission radio très populaire dans le pays. Même si l’initiateur du hashtag se défend de s’en être inspiré, #wasexo fait directement référence à cette émission. Il s’agit d’une sorte de revue de presse des faits divers qui est diffusée deux fois par semaine sur une chaîne de radio privée. Pour en savoir davantage sur le hashtag qui semble fédérer tous les Béninois aujourd’hui, je me suis rapproché de son initiateur. Patrick Tossavi, le « père » de #wasexo est un homme du sérail du web 2.0. Il est informaticien et webmaster.

Cinq questions à Patrice TOSSAVI, l’initiateur du hashtag #wasexo

1- Bonjour Patrice, comment est venue l’idée du hashtag #wasexo ?

Bonjour

L’idée du hashtag #wasexo est venue par ma soif de l’actualité, surtout le contenu béninois.

Dans le passé, j’avais mis en place des outils de veille informationnelle sur mon PC notamment des Google Alerte par mail sur toute actualité contenant le mot Bénin de même qu’un logiciel d’agrégation des flux d’information RSS publié par la presse béninoise en ligne.

Avec l’avènement des réseaux sociaux, je me suis abonné à plusieurs pages Facebook et comptes Twitter toujours pour rester informé à chaud. Mais si parcourir toutes ces plateformes web semble fastidieux pour un professionnel du web comme moi, pour un Béninois lambda qui a difficilement accès à internet et qui ne sait, peut-être, rien des flux RSS et Google Alerte, je me dis que la meilleure solution est encore bien loin.

Dans mes recherches, j’ai découvert un portail web sénégalais http://kebetweets.com/ sur lequel sont synchronisées via des hashtags (mots-clés précédés du symbole #), toutes les informations relatives au Sénégal et publiées soit sur un site web ou à travers les réseaux sociaux. En regardant de près, je me suis rendu compte qu’ils ont adopté le hashtag #kebetu (kebetu en wolof, langue majoritairement parlée au Sénégal signifie parloter, bavarder, causer…).

C’est ainsi que j’ai commencé par chercher un terme typiquement béninois pour faire un hashtag identitaire à côté de #benin et #team229 déjà utilisés par assez de Béninois.

2- Dans plusieurs langues locales (dont deux des plus parlées, le goun et le fon), wasexo veut dire littéralement « venez entendre parler ». C’est aussi le titre d’une émission très populaire sur une radio privée locale. Une sorte de revue de presse des faits divers. C’est ça qui vous a inspiré?

Sincèrement, ce n’est pas le titre de cette émission qui m’a inspiré.

J’ai fait assez de combinaisons avant d’y arriver. J’ai tenté des termes proches des langues fon, goun, sahouè, adja et mina. Mais cela ne sonnait pas bien pour moi.

En fait, je tenais à avoir un terme facile à écrire sans le « franciser ». Quand dans mes pensées, est passé l’expression « wa sé xo », j’avais même perdu de vue qu’il y avait une telle émission. Et mon premier réflexe a été de voir sa disponibilité sur Internet aussi bien comme hashtag que nom d’utilisateur Facebook, Twitter, Google+ … et surtout comme nom de domaine pour l’adresse du site web.

3- Les Béninois ont déjà expérimenté plusieurs hashtags par le passé (sans grand succès). Qu’attendez-vous réellement de celui-ci ?

Ce hashtag est comme un challenge personnel !

Celui de pouvoir offrir aux Béninois d’ici et d’ailleurs, une plateforme web unique de laquelle ils peuvent accéder à toute l’actualité nationale que ce soit sur les réseaux sociaux comme sur les sites web de la presse. Au-delà du hashtag #wasexo, il faut voir le portail www.wasexo.com sur lequel on synchronise à la seconde près toute information publiée sur le Bénin et comportant les hashtags #wasexo, #benin et #team229. Je cite ces deux derniers parce qu’ils se sont déjà imposés du fait et on n’a aucun intérêt à les abandonner.

La preuve, si vous faites des recherches sur le hashtag #benin, vous verrez assez de publications en anglais comme en chinois qui n’ont pas forcément de rapport avec le Bénin mais simplement parce qu’ils ont des expressions qui contiennent à leur sein le mot Bénin.

Pour que #wasexo connaisse un succès , ce sera en fonction de notre engagement à nous tous. Comme vous le faites si bien déjà.

De même, les outils technologiques nous donnent assez de moyens de communication.

Si vous visitez les pages Facebook (https://www.facebook.com/wasseho) et Twitter (https://twitter.com/wasexo) dédiées à #wasexo, vous verrez que plusieurs publications de la pression béninoise y sont synchronisées avec insertion du hashtag. Ce qui drainera davantage d’audience pour ces sites, car nos plateformes récupèrent juste les titres, introductifs et lien d’accès pour permettre au visiteur qui clique d’aller lire le contenu intégral sur le site de l’auteur.

4- Quelles initiatives avez-vous prises pour rendre le hashtag populaire afin que les Béninois l’adoptent dans leurs publications ?

J’ai commencé par utiliser la technique de bouche-à-oreille. J’ai contacté assez d’amis par message privé pour leur présenter l’initiative.

Chaque fois qu’un ami y adhère, je lui recommande de commencer par adopter les hashtags #wasexo et #benin cumulativement dans ses publications aussi bien sur Facebook que sur Twitter. J’ai aussi partagé l’information dans plusieurs groupes Facebook et WhatsApp.

Pour un début, je peux dire que la machine n’a pas tardé à démarrer et cela donne de l’espoir.

Cette expérience m’a permis de me rendre à l’évidence qu’il y a du boulot à faire, car il y a assez de blogueurs et journalistes très actifs sur les réseaux sociaux qui ne s’y connaissent pas en usage de hashtags. Or ceci devrait leur permettre de pousser plus loin leurs publications. Cela donne sans doute des idées.

5- Vous avez lancé le hashtag il y a moins d’un mois, comment les Béninois l’ont-ils pris sur les réseaux sociaux ?

J’avoue que c’est très encourageant la réaction des Béninois. Il faut d’ailleurs dire que c’est l’un des cinq premiers messages de félicitations sur la page Facebook qui m’a rappelé à l’esprit l’émission de la radio privée. L’auteur disait « Félicitations, j’aime trop cette émission ! ». Après ça quelqu’un d’autre m’a dit que c’est le nom d’une émission qui passe sur une télévision privée … et je me suis dit si pour la bonne cause, on se retrouve nombreux à porter le même nom, il faut foncer, surtout qu’écrit en phonétique, c’est assez expressif « wa sé xό » pour l’objectif que je visais !

Patrice Tossavi, l'initiateur du hashtag #wasexo est un informaticien et web master

Patrice Tossavi, l’initiateur du hashtag #wasexo est un informaticien et web master

Pour finir, je dirai :

Chers frères et sœurs béninois d’ici et de la diaspora et producteurs de contenu, tout ce que nous pouvons partager comme information publique sur Internet, tout Béninois a le droit d’y avoir accès et pour ça, un seul geste : insérer le hashtag #wasexo !

A tous les consommateurs de l’information béninoise, adopter www.wasexo.com !

Je vous remercie.



Bénin : une statue géante du Président a suscité l’indignation sur les réseaux sociaux

C’est arrivé lundi (de pâques) 6 avril 2015. En plein coeur de Cotonou, sur l’un des carrefours les plus empruntés de la ville, une statue géante de Boni Yayi, le Président de la République du Bénin est dressée. Habitués aux géants posters du Président de la République qui dominent les grands carrefours du pays, les Béninois se sont pourtant remontés contre cette ultime tentative des partisans de Boni Yayi. C’est un peu comme la goutte d’eau qui a fait débordé le vase dans un pays où l’omniprésence, l’hypermédiatisation et le culte de personnalité du Chef de l’Etat ont atteint des proportions célestes.

C’est d’abord sur Facebook que la grogne a commencé par monter comme en témoigne les captures d’écran qui suivent. De ceux qui se demandent quel est l’intérêt d’une telle initiative à ceux qui comparent cette « horreur » à un attentat à l’esthétique de la ville de Cotonou, les Béninois sont partagés entre colère, indignation et consternation.

 

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Sur Twitter, l’indignation est la même. Les twittos se posent également des questions.

https://twitter.com/afr0steph/status/585212496312721409

 

Mais la critique la plus intéressante que j’ai pu avoir est à l’actif d’un journaliste connu pour ses commentaires réguliers sur l’actualité politique nationale. Voici son analyse que vous pouvez retrouver sur son compte Facebook :

Acte de laideur.

Ce matin, j’ai prié Dieu, un peu plus sérieusement que d’habitude. Je l’ai remercié pour avoir envoyé son fils unique sur terre nous purifier de nos souillures.

Je l’ai ensuite remercié encore plus intensément pour m’avoir gardé chez moi ce lundi de Pâques. Si je devais sortir, ce serait à coup sûr pour me rendre sur mon lieu de travail et je serais inévitablement tombé sur ce machin (Voir photo ci-dessous piquée sur le mur de Aboubakar Takou) qui a surplombé le carrefour « Bon Pasteur » quelques instants avant d’être démonté. Il faut en savoir gré à ceux qui ont eu la bonne idée de capter ce grand moment de décadence au coeur de la métropole béninoise. La postérité en jugera.

Ainsi donc, les propagandistes du régime, résolument engagés à mettre leur intelligence au service exclusif de leur ventre quitte à en perdre la raison, veulent passer à une autre étape, un cran plus loin dans la trivialité. Le grand affichage à la gloire du père refondateur ne suffit plus, il faut maintenant des statues géantes à son effigie. On commence d’abord avec des matériaux précaires, à l’image de l’horreur qui nous a été exposée hier, puis on finit en matériaux définitifs au cas où il n’y aurait pas de tollé? Cela ne m’étonnerait pas qu’ils y aient pensé, vu que nous avons bu chacune de leurs conneries jusque-là sans grands remous. Lorsqu’on a atteint un tel niveau de déchéance, les portes sont ouvertes à toutes les bêtises.

Si leur coup d’hier était un ballon d’essai, il me semble qu’il a été très tôt dégonflé. Puisse le prochain qu’ils lanceront, leur explose en pleine figure!

Très rapidement, à la mesure où le mécontentement grandissait sur les réseaux et sur les radios locales, la statue a été enlevée. Pour une fois, la grogne a fait plier les « propagandistes du régime » qui ont pris l’habitude d’user de tous les moyens, même les plus inimaginables pour séduire leur « héros ».



Facebook : nouveau champ de bataille des politiciens béninois

Il y a un peu plus d’un an, sur ce même blog, alors que je commençais mes premiers pas sur Mondoblog, j’avais écrit un billet sur l’utilisation que les hommes politiques et l’administration publique béninois faisaient (ou pas) des réseaux sociaux. A l’occasion, je dénonçais l’absence des autorités politico-administratives béninoises sur ces plateformes. En 2015, le constat est tout autre. Si l’administration publique peine toujours à se mettre à la page (hormis de timides tentatives peu maîtrisées ici et là), les hommes politiques ont pris d’assaut les réseaux sociaux (Facebook surtout), notamment en cette veille de joutes électorales.  En fait, 2015 et 2016 sont deux années importantes pour le Bénin sur le plan électoral. La première connaîtra le renouvellement du mandat des députés puis celui des maires. Les élections législatives sont fixées au 26 avril. Le dépôt des candidatures est à peine clos, mais la campagne bat déjà son plein sur la Toile. Par ailleurs, en 2016, le président de la République, Boni Yayi, arrive au terme de son deuxième mandat constitutionnel. Il devra céder le fauteuil présidentiel de la Marina à un nouveau locataire. La bataille de sa succession est aussi ouverte depuis plusieurs mois.

Les équipes de campagne des potentiels candidats, désormais conscientes de la capacité de mobilisation et de l’importance des réseaux sociaux ont donc décidé d’envahir le réseau de Mark Zuckerberg surtout. C’est à coup de pages et publications sponsorisées, mais aussi de hashtags accrocheurs (voire racoleurs) que les politiciens s’affrontent sur Facebook. De #Croyonsennous à #lajeunesseestlasolution en passant par #Nimo2015 ou encore ‪#‎EnsembleNousSommesLaSolution‬, la diversité des hashtags qui s’affrontent donne un aperçu de l’ampleur du phénomène. Impossible de se connecter sur le réseau social sans croiser l’une de leurs nombreuses publications. Les politiciens misent également sur leur image. C’est ainsi que vous allez vous retrouvez devant des images « photoshopées » à l’extrême juste pour donner une certaine impression de jeunesse et de vitalité aux hommes qui pour la plupart ont dépassé la cinquantaine.

L’objectif visé est clairement affiché : séduire la jeunesse ultra connectée, mais de plus en plus consciente et exigeante vis-à-vis de la politique. Une jeunesse surtout réticente par rapport aux promesses politiques creuses et pour la plupart irréalisables. Cette jeunesse, elle a fait de Facebook son exutoire politique faute d’avoir une vitrine pour s’exprimer. Dans les nombreux groupes de discussion politiques qui pullulent sur le réseau, chacun y va de son commentaire, de son analyse et de ses ambitions. Dans ces groupes, des leaders d’opinion émergent. Des opposants se font remarquer. Et c’est là que les politiciens vont pêcher.

 

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Sur Facebook, la concurrence est rude

Dans ce contexte, on voit affronter plusieurs types de politiciens. Évidemment il serait impossible d’établir ici leur typologie complète. Je ne citerai pas non plus le nom d’untel ou d’un autre. Cependant, on retrouve les acteurs déjà en fonction qui communiquent énormément sur leurs activités. La moindre mission à l’intérieur du pays, le moindre voyage à l’extérieur,  la signature d’un accord ou l’organisation d’un séminaire est fortement relayée sur Facebook a coups de publications sponsorisées. Parfois, on pense même qu’ils abusent. Il y a également ceux qui n’ont pas encore de mandats. Ceux là s’illustrent plutôt à travers leurs initiatives personnelles. Lorsque l’un des prétendants à la présidence pose fièrement aux côtés d’un jeune béninois qui a réalisé une performance exceptionnelle comme Carlos Bossouvi, il ajoute à sa photo ces quelques lignes : « C’est à cette jeunesse que je pense dans tous mes projets et mes déplacements, celle qui se lève pour relever les défis de notre pays ». Ils profitent de toutes les occasions pour s’exprimer. Journées internationales, fêtes religieuses, Saint Valentin, toutes les occasions sont bonnes à saisir.

D’un autre point, il y a ceux qui ont abordé la démarche dans sa globalité, c’est-à-dire qu’ils s’assurent une présence sur quasiment toutes les plateformes les plus importantes, hashtags et initiatives ultra branchées à l’appui. Puis il y a certain qui ne voient pas plus loin que Facebook (et Dieu sait qu’ils peuvent avoir raison -chez nous les réseaux sociaux se limitent trop souvent à celui-là seul-). Et d’un autre point de vue encore, il y a ceux qui passent leur temps à critiquer la politique du gouvernement actuel. C’est vrai qu’en cette fin de mandat, le « Yayi bashing » a le vent en poupe. Même ceux qui ont été biberonnés au régime du changement puis de la refondation ces dix dernières années se plaisent à critiquer le gouvernement qui les a fait émerger. Mais ça, c’est encore une autre affaire.

Une jeunesse méfiante et aux aguets

Si les hommes politiques font peu à peu leur nid sur les réseaux sociaux à la conquête d’un électorat relativement jeune, ils ne manquent pas de faire face aux exigences et aux défis que leur impose ce monde plutôt à part. De ce fait, sur les réseaux sociaux, les hommes politiques doivent faire preuve de rigueur et de sérieux pour ne pas tomber dans le ridicule. La parole étant libre sur ces plateformes. Je me rappelle encore de ce militaire à la retraite qui serait candidat aux présidentielles, mais qui a essuyé de nombreuses critiques dès ses premières apparitions sur Facebook. C’est vrai qu’entre ses slogans aux origines douteuses aux fautes d’orthographe et de grammaire contenues dans ses messages eux- mêmes incohérents, il avait du mal à convaincre. Les internautes n’ont pas manqué de le repérer et de le lui signifier, indépendamment des sentiments politiques des uns et des autres.

Et puis, contrairement aux masses populaires des zones rurales qui gobent facilement à longueur de journée les discours des hommes politiques, les jeunes béninois (ceux pour qui Internet n’est vraiment pas un luxe) qui traînent sur Facebook et Twitter ont un certain esprit critique bien affûté (pas tous, c’est vrai, mais une bonne partie quand même). Voici l’extrait d’un billet de blog écrit par un jeune béninois qui vit en Belgique.

Les réseaux sociaux ne sont pas en reste, cette couverture médiatique subite des différents candidats sur la toile en dit long. Parmi eux, il y en a qui du jour au lendemain se sont découvert des talents de donateurs à travers des structures créées spécialement pour l’occasion et dont on entendra plus parler une fois les élections finies. Il y a aussi ceux-là qui font semblant d’être proches de cette jeunesse-là à travers des statuts ou des publications à dormir debout. Il y a aussi ces jeunes-là qui pour un billet bleu sont prêts à relayer ces inepties sur les réseaux dans le but de dynamiser l’image de leurs soi-disant challengers.

C’est le même esprit qui caractérise cette publication (voir ci-dessous) d’un autre jeune qui semble s’étonner de l’intérêt que les politiciens ont commencé soudainement à accorder aux réseaux sociaux. Il ne manque pas de les prévenir d’ailleurs.

En définitive, les politiciens béninois ont bien pris leur quartier sur les réseaux sociaux. Indubitablement, comme dans d’autres pays avant le Bénin, une bonne partie de la campagne des prochaines élections notamment les présidentielles va se jouer sur Facebook, Twitter ou encore Google+. Et à mon avis, on peut y voir deux intérêts. D’abord, les prétendants à certains postes de responsabilité sont facilement accessibles. On peut s’adresser à eux frontalement et publiquement. Souvent, ils réagissent. Transparence et crédibilité obligent. D’autre part je présume que ça ferait de l’emploi pour des jeunes. J’imagine que pour assurer leur présence en ligne, les hommes politiques doivent recourir aux services de jeunes gens (comunity managers comme on les appelle) qui maîtrisent ces outils.