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Le Bénin, une République “WhatsApp et Facebook”

réseaux sociaux sur smartphone

L’expression n’est pas de moi mais du ministre de la Justice, garde des Sceaux du Bénin. Appelé à défendre le bilan des cent premiers jours du nouveau gouvernement béninois installé le 6 avril 2016, Me. Joseph Djogbénou a laissé entendre que nous étions, au Bénin, dans une République « WhatsApp et Facebook ». Une expression somme toute banale mais qui, dans la réalité, dépeint un phénomène de société pas tout à fait nouveau mais qui prend une ampleur importante avec ses avantages et inconvénients : l’omniprésence des réseaux sociaux dans l’administration publique et ailleurs. (suite…)



Le Bénin perd 9 places dans le classement mondial 2015 de la liberté de la presse de RSF

Classement mondial de la liberté de la presse 2015 : comment le Bénin a perdu 9 places

Le Bénin perd 9 places dans le classement mondial 2015 de la liberté de la presse de RSF

Capture d’écran : Le Bénin perd 9 places dans le classement mondial 2015 de la liberté de la presse de RSF

L’organisation internationale Reporters sans frontières (RSF) a publié ce jeudi 12 février 2015, son classement mondial annuel sur la liberté de la presse. A la 75e place l’an dernier, le Bénin chute à la 84e perdant ainsi 9 places. De manière globale, on note dans ce nouveau classement une régression de la liberté de la presse partout dans le monde. Par rapport à 2014, bien évidemment. Cependant, certains pays sont restés bien à leurs postes. Habitués du haut du classement, trois pays nordiques tiennent ainsi le podium de cette année : Finlande, Norvège, Danemark. En bas du tableau, on retrouve également d’autres habitués de la position. C’est donc le Turkménistan, la Corée du Nord et l’Erythrée qui ferment la marche. En Afrique, suivant la tendance mondiale, de rares pays ont vu leurs indices s’améliorer. On notera cependant la bonne performance de la Côte-d’Ivoire et de la Tunisie (pays qui sortent de la crise), alors que la Libye et le Congo plongent. 

Comment le Bénin a (probablement) perdu 9 places ?

C’est une rechute pour le Bénin. Depuis quelques années, le pays s’est plutôt très bien illustré dans les classements successifs de Reporters sans frontières. Après avoir progressé de 12 places en 2012 et de 4 rangs en 2013, le pays a occupé en 2014 le 16e rang africain et le75e rang mondial dans le classement de RSF. Cette année, il retombe à la 84e place mondiale et se classe au 19e rang africain. Derrière des pays comme le Sénégal et le Togo, respectivement 71e et 80e au classement mondial. Si la chute du Bénin est surprenante, elle s’explique pourtant. A ce propos, on peut retenir deux faits marquants. Il y a d’abord l’affaire Ozias Sounouvou. Ce journaliste de la télévision nationale avait profité de la présentation du JT de 23 h 30 du 12 janvier 2015 pour lancer un cri de coeur au sujet de la liberté de la presse sur les médias de service public. Il avait demandé au président de la République « d’ouvrir les antennes de l’ORTB pour des débats contradictoires » alors que ce dernier venait de participer à la marche républicaine à Paris suite à l’attentat de Charlie Hebdo. Une initiative qui n’a pas été suivie des réactions attendues par les autorités. Le journaliste et quelques uns de ses collègues auraient même été sanctionnés selon un article publié sur le site de RSF ce mercredi 11 février 2015, soit la veille de la publication du rapport. L’article fait également état des condamnations infligées aux journalistes John Akintola de L’Indépendant et François Yovo de Libération en 2014.

Le 16 octobre 2014, les télévisions privées Golfe télévisions et TV Carrefour ont été suspendues pour non- renouvellement de leur convention avec la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC). Bien que la suspension des deux chaînes de télé ait été levée depuis avant que leur situation ne soit réglée définitivement ce mercredi 11 février 2015 par la signature de nouvelles conventions, l’écran noir ne renvoie pas une image particulièrement heureuse de la situation des médias.
Dans une moindre mesure, l’on peut ajouter le vote du nouveau code de l’information et de la communication. Si le code comporte de nombreuses avancées en matière de liberté pour les journalistes béninois, il conserve cependant les peines privatives de liberté dans certains cas.

>> Découvrez le classement mondial de Reporters sans frontières :



Dans le code l'information et de la communication votée par l'Assemblée, les journalistes peuvent toujours être emprisonnés pour des délits de presse.

Bénin : les journalistes risquent toujours la prison

Dans le code l'information et de la communication votée par l'Assemblée, les journalistes peuvent toujours être emprisonnés pour des délits de presse.

Dans le code l’information et de la communication votée par l’Assemblée, les journalistes peuvent toujours être emprisonnés pour des délits de presse.

Le  jeudi 22 janvier 2015 était un grand jour pour les journalistes béninois. Après trois jours d’examen, les députés ont voté la loi portant code de l’information et de la communication en République du Bénin. Pour les hommes de la presse et des médias, cela signifie la fin d’un vide juridique et une meilleure organisation du secteur. En effet, le code qui vient d’être adopté apporte de nombreuses innovations dans le domaine. Par exemple, il y est clairement défini les critères pour être un journaliste au Bénin.

Article 20 du code :

« Est journaliste : tout titulaire d’un diplôme professionnel de journalisme délivré par une école ou un institut de formation en journalisme régulièrement agréé par l’Etat et justifiant d’une formation par la pratique pendant au moins deux ans ; tout titulaire d’au moins d’un diplôme de l’enseignement supérieur ou d’un diplôme équivalent et justifiant d’une formation par la pratique pendant au moins deux ans ; toute personne qui exerce l’activité de journalisme dans une entreprise de presse, soit pour le compte d’autrui, soit pour son propre compte ou toute personne qui a pour occupation principale la recherche, la collecte, la sélection, l’exploitation, la présentation d’information et en tire sa principale source de revenus ; toute personne qui exerce en qualité de correspondant de presse ou d’envoyé spécial d’un organe radiophonique ou audiovisuel étranger. La qualité de journaliste est attestée et constatée par la détention d’une carte de journaliste. Toutefois, les correspondants de presse ou les envoyés spéciaux se doivent en plus de leur carte de journaliste, de recevoir l’accréditation de la HAAC* ».

Outre cette précision importante, le texte prévoit également la création d’un « Fonds d’aide au développement des médias », organe chargé de gérer l’aide de l’Etat à la presse et aux médias communautaires. On annonce également un bureau de vérification de la publicité dont la mission est de faire appliquer les dispositions légales dans ce domaine, mais aussi en ce qui concerne le parrainage des émissions.

Lire aussi : Boni Yayi invité à être « Charlie » pour les journalistes béninois

Les  journalistes restent sous la menace de peines privatives de liberté

Malgré toutes ces innovations, ce n’est pas pour autant la fin du calvaire pour les journalistes béninois. Certes les députés ont fait des avancées en supprimant quelques peines privatives de liberté, mais certaines sont toujours maintenues. Et c’est là où le bât blesse. Dans le code voté, ces peines sont supprimées et remplacées par des peines
d’amende seulement en ce qui concerne les délits d’opinion et les délits contre les personnes. Mais elles sont maintenues pour la provocation aux crimes et les délits contre la chose publique. Pourquoi  n’avoir fait le travail qu’à moitié, alors que les journalistes ont toujours milité pour réclamer la suppression totale de ces peines d’emprisonnement ? Les journalistes demeurent toujours donc sous la menace de la prison, même si celle-ci est un peu plus allégée désormais.

Rappelons que le 26 juin 2014, Reporters sans frontières avait publié un communiqué dans lequel l’organisation de défense des journalistes disait s’inquiéter de « la dégradation de la liberté d’information au Bénin ». Le communiqué faisait suite à la condamnation à trois ans de prison avec sursis de John Akintola, directeur de publication du journal « L’Indépendant ». Le journaliste était alors accusé d’avoir offensé le chef de l’Etat. L’article controversé faisait état du possible financement illicite des déplacements à l’étranger du président Boni Yayi grâce aux fonds de la société béninoise d’électricité (SBEE). 

 

*HAAC= [Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication], l’équivalent du CSA en France



Un journaliste de la télévision nationale interpelle le Président Boni Yayi pour réclamer plus de liberté d'expression dans les médias de service public

Boni Yayi invité à être « Charlie » pour les journalistes béninois

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François Hollande serre la main du président du Bénin Boni Yayi, venu pour la marche républicaine, le 11 janvier 2015.

Le dimanche 11 janvier 2015, le président du Bénin Boni Yayi était l’un des six chefs d’Etat africains à marcher à Paris au milieu d’une soixantaine de dirigeants venus du monde entier lors de la marche républicaine contre le terrorisme. C’était quelques jours après l’attentat à la rédaction du journal satirique français Charlie Hebdo. Vue du continent, la participation des chefs d’Etat africains (tous francophones) a suscité la polémique (à l’exception notable de celle de IBK, le président malien). Mais il semble que celle-ci ait ouvert un boulevard aux journalistes pour réclamer plus de liberté d’expression sur le continent. C’est de toute évidence le sens que l’on peut donner à la nouvelle qui fait actuellement le buzz au Bénin.

C’est tombé comme un coup de théâtre. Jamais personne n’aurait imaginé un journaliste de la première chaîne de télévision publique se rebeller de cette façon et en direct. Pourtant, hier, lundi 12 janvier 2015, alors qu’il présentait le journal télévisé de 23 h 30, Ozias Sounouvou, le journaliste de l’ORTB (Office de radiodiffusion et de télévision du Bénin) n’est pas allé pas quatre chemins pour exprimer son désarroi face à sa situation et celle de ses collègues. Alors que le reportage sur la participation de Boni Yayi à la marche républicaine venait d’être diffusé, avec adresse, il a interpellé le président de la République lui demandant également d’être « Charlie » pour les journalistes de l’Office.

Voici l’intégralité des propos d’Ozias Sounouvou :

 « Être heureux et fier du sens de l’engagement de Boni Yayi devenu Charlie pour la liberté de presse en France et à l’international. Comme on aurait aimé pour aller au bout de cet engagement,que le chef de l’Etat devienne Charlie-Ortb. Charlie-Ortb pour la liberté de presse sur le service public de l’audiovisuel au Bénin ; liberté de presse qui rime avec ouverture des antennes de la télévision nationale aux vrais débats, sur les grandes questions politiques et autres qui engagent le présent et l’avenir de la Nation. Monsieur le président de la République, sauvez la liberté des journalistes à l’ORTB précieux héritage de la conférence nationale entre autres et entrez dans l’histoire. Pardon pour cette impertinence, n’est-ce pas là aussi l’esprit Charlie. Clause de conscience et devoir républicain obligent. Monsieur le Président de la République, vous êtes notre recours, rendu obligé ce soir après trois pétitions infructueuses des journalistes de l’ORTB, pour le retour de la liberté de presse sur le service public. Nous voulons juste faire notre métier et prendre notre part à la construction de la République. Vive le service public de l’information sur la chaîne publique ! Vive la république !  » 

 

Depuis, c’est le branle-bas dans l’actualité nationale. Dans la presse et surtout sur les réseaux sociaux, le sujet est l’objet de toutes les conversations. Certains Béninois craignant que le journaliste soit sanctionné pour son impertinence ont d’ailleurs commencé à lancer plusieurs mouvements de soutien à son action sur Facebook. Ils ont repris à leur compte le slogan inventé par Jochim Rocin en l’adaptant au contexte local. Ainsi, les slogans #JeSuisOzias et #CharlieOrtb sont devenus des mots-clés très populaires ces dernières heures sur Facebook et Twitter. En moins de 24 heures, la page « 10 000 j’aime pour Ozias Sounouvou » a déjà rassemblé plus de 2 500 adhérents. Celle baptisé « Je suis Ozias Sounouvou » est aussi « aimée »Organisations de la société civile, hommes politiques, juristes, confrères journalistes et autres personnalités ne cessent d’apporter leur soutien au journaliste.

Sur les réseaux sociaux, l’on salue son courage et sa bravoure. Pour le moment, aucune réaction n’a encore filtré ni de la direction de l’ORTB ni du gouvernement béninois visiblement embarrassés. Wait and see.



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