Ce que le « braquage de Noël » nous apprend sur nous et sur notre Police

Article : Ce que le « braquage de Noël » nous apprend sur nous et sur notre Police
31 décembre 2014

Ce que le « braquage de Noël » nous apprend sur nous et sur notre Police

A Cotonou, la nuit de la nativité a viré au drame dans le quartier de la Cité vie nouvelle à Akpakpa. Deux jeunes adolescants ont été touchés par des balles de la Police alors que cette dernière fesait une opération pour retrouver des braqueurs ayant dépouillé un militaire plus tôt dans la soirée. L’un des jeunes gens est mort. Le second est toujours hospitalisé au Centre national Hospitalier Universitaire Hubert Maga de Cotonou. Plusieurs versions de l’histoire circulent. Chaque partie essayant évidemment d’accuser l’autre. La Police dit avoir identifié les jeunes garçons de 18 ans à peine comme les braqueurs et que ces derniers les ont opposé une forte résistance durant leur interpellation. D’après la Police, c’est d’ailleurs dans un échange de tirs que l’un d’eux a été mortellement atteint et le second grièvement blessé. Du côté des parents de la victime et de soi-disant témoins de la situation, on parle d’exécution sommaire, de tir à bout portant, etc. Certains témoignages rapportent que les jeunes ont été criblée de balles alors qu’ils étaient menottés et sous le contrôle de la Police.

Police_nationale_braquage_noel

Pour ma part, à ce jour, la situation reste totalement flou. On ne peut dire à ce stade de manière absolue toute la vérité sur ce qui s’est passé. Mais à la lumière des faits et des réactions qui ont suivi (dans les médias, et surtout sur les réseaux sociaux), il ressort quelques leçons que nous devons tirer sur notre société et sur notre Police nationale. Je précise que cet article n’a pas de partie pris dans une affaire que personnellement, je considère encore comme très loin d’être élucidée. J’analyse des faits, et à la lumière de cette analyse, appelle chacun de nous à voir en face une réalité mal connue mais pourtant très évidente.

Notre Police, ce machin toujours en proie avec ses démons

Décidément la Police nationale est en mal de reconnaissance. Cette année, ce que l’on retient de plus d’elle, c’est le grand nombre de ses éléments tombés sur les balles de braqueurs (des braqueurs confirmés) et son incapacité affichée à faire face aux défis de sa propre sécurité. A l’heure où j’écris ce billet, me reviennent les images de policiers gisant dans leur sang tournés en objet de buzz sur les réseaux sociaux (Whatsapp, Facebook). D’ailleurs permettez-moi d’exprimer ici mon incompréhension vis-à-vis de la capacité des Béninois à pouvoir se moquer à tel point de la Police nationale, celle qui est chargée d’assurer notre sécurité quand cette dernière vit des heures difficiles. Je pense aux familles de ces policiers tombés et je suis tenté de m’éprendre de compassion pour ce corps pour le quel je n’ai même pas une grande admiration. Mais là n’est pas le sujet de cet article.

Aujourd’hui face à ce drame qui suscite l’indignation, beaucoup de gens s’acharnent dans tous les sens. A la télé, à la radio, sur les réseaux sociaux, dans les conversations les plus banales, elle est au coeur des échanges. Dans la plupart, elle est pointée d’un doigt accusateur. A-t-on raisons de s’en prendre à ces éléments à ce point ? A priori, non! Mais n’a-t-elle pas elle même donné l’arme pour se faire abattre pour rester dans le cadre d’une image qui se colle au contexte guerrier de la situation. Là encore, je suis tenté de répondre par l’affirmative. Il est un fait que la Police nationale n’a pas une très bonne réputation dans l’opinion publique. Mais pourquoi au lieu de travailler à assainir leur image, ils doivent s’enfoncer chaque jour ?!

Venons en aux faits. C’est le braquage d’un militaire de la garde république qui aurait mis les Policiers du commissariat de Tokplégbé sur la piste des braqueursM mais l’homme agressé, d’après les images que j’ai vues et les propos rapportés par l’intéressé lui-même a reçu des balles d’un fusil artisanal dans les fesses. Certes, ça a suffi pour lui prendre sa moto et le dépouiller. Mais il n’en est pas mort. Mieux, il a pu se rendre au commissariat avant d’aller au soin. A partir de ce moment, les policiers savent qu’ils sont en position de force, et même si, échanges de tirs il y a eu comme l’avance la Police, je pense en toute naïveté qu’il y aurait pu avoir un moyen de neutraliser les dits braqueurs sans pour autant aller à cette fin extrême.

Le jeune âge de la victime, le fait qu’il n’aurait pas d’antécédents de délinquance avéré, le statut de son géniteur (on y reviendra plus loin), la période dans lequel l’événement est intervenu et plusieurs autres éléments circonstantiels ont pu sans doute activer l’indignation de certaines personnes. Mais en attendant que l’histoire soit élucidée (une enquête est en cours), ce cas vient remettre au devant de la scène des situations qui ne nous interpellent pas toujours alors que cela devrait. En effet, combien de fois ne nous a-t-on pas présentés des individus abattus par la Police présentés comme des malfrats sans que personne n’y trouvât aucun inconvénient quand bien même le crime de ces derniers n’est pas clairement défini.

Maintenant q’un jeune garçon tombe sous les balles de la Police et qu’une partie de la population pense qu’il s’agit d’une bavure policière, pensez aussi à  tous ces corps que la Police se plait à nous exhiber devant les caméras de la télévision comme étant ceux des malfrats abattus alors qu’on ne sait généralement de quoi il s’agit concrètement. Je parie fortement que des personnes qui ne méritaient pas forcément cette fin ont pu malheureusement subir ce sort sans que personne n’y voit aucun inconvénient. Pensons aussi à tous ces médias qui ne savent toujours pas faire la part des choses. Ici, dès que la Police en arrive à appréhender quelqu’un on ne lui prête même pas le statut de « présumé ». Il est d’office accusé, voire condamné et présenté comme tel.

Cependant une question me taraude l’esprit depuis. Est ce l’âge d’un braqueur qui détermine sa dangerosité pour la société ? Parce que je remarque malheureusement que certaines analyses se limitent exclusivement à ce paramètre-là. Sur ce point, je n’en dirai pas plus.

Les Béninois peuvent s’indigner… mais !

J’ai souvent pensé qu’il était difficile pour nous Béninois de nous révolter contre notre situation. Je pensais toujours que pour nous, il suffisait de remettre tout dans les mains de Dieu et Le laisser faire à notre place. Avec les réseaux sociaux, je pensais que cet attitude attentiste et défaitiste ne fesait que grandir alors que ça devrait être le contraire. Mais j’avour que j’ai été agréablement surpris de la manière dont la mort du jeune homme a suscité les réactions d’indignation sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, notamment dans certains groupes très remarqués des analyses fleurissent de toutes parts. Les premières initiatives sont mises en places comme ce groupe Whatsapp créer exiger la vérité et former les usagers sur l’attitude à avoir face aux policiers accusés d’abuser de leur pouvoir. Deux marches et un sit-in sont projetés. Les deux marches doivent avoir eu lieu lundi 29 et hier mardi 30 décembre 2014.

Lire : Autorités béninoises, connectez-vous…! 

J’étais surpris de lire dans certains journaux et dans les reportages à la télévision comme à la radio la façon dont on a traité l’élément notamment en insistant sur le statut du père de l’enfant disparu. Sur les réseaux sociaux Facebook et Whatsapp n’en parlons pas. A la télévision Canal 3 par exemple, on insiste particulièrement que la victime est le fils du Colonel à la retraite Camille Mitchodjèhoun et patatri patatra. Sur Soleil FM, l’exercice a été le même. Ce matin encore, j’ai lu cet article qui ne fait pas exception à cette mode. Certes la famille de la victime s’est précipitée de prendre un avocat et d’apporter sa version des faits aux médias, ce qui a sans doute permis d’alimenter davantage le débat mais…

La toile se mobilise pour exiger la vérité

Sur Whatsapp, et pour les besoins de ce billet, je me suis inscrit dans un groupe constitué pour, disent les administrateurs, exiger la vérité sur la mort du jeune Axel. Mais à l’analyse j’ai de plus en plus comme l’impression d’avoir affaire,  à des personnes en manque d’amour propre qui pensent pouvoir faire la révolution derrière l’écran de leurs smartphones à coups de « Il faut que la vérité se sache » etc… Je voudrais seulement ici leur rappeler que la révolution ne sera pas télévisée.

A l’analyse de tous ces éléments, je demeure perplexe quant à l’objet qui motive réellement notre indignation et notre scandalisation. A ce sujet, je n’ose même pas poster ma propre réflexion personnelle. Je partage avec vous ici une analyse (un questionnement) d’une des nombreuses personnes qui écrivent sur le groupe Yéhoutoché sur Facebook.

J’ai une question pour vous tous sinon pour nous tous les amis. Supposons que cet enfant disons plutôt cet adolescent, qui a été malheureusement abattu était le fils d’un pêcheur de Hindé 2, Ste Cecile ou Avotrou, la maman une vendeuse d’essence. Quelles seraient nos réactions sur cette toile?

Par extension, je pourrais aussi ajouter cette autre analyse tirée du même groupe de discussion

#‎Bavure‬ policière dites-vous? Vous parlez français oui…

Il s’appelait ‪#‎Axel‬ MICHODJEHOUN , avait 18 ans et donc était jeune, un avenir de ce pays. Il a été abattu froidement sans que ni pour la mouvance, ni pour l’opposition encore moins pour les hommes d’affaire , les magistrats et le célèbre juge en exil il n’y ait aucun problème.
Tant que c’est un jeune cela n’a pas d’importance aux yeux des politiciens de ce pays. Si c’était Joseph Djogbénou, Nicaise Fagnon ou Candide Azanaï ou encore Martin Assogba qui avait connu le même sort ils auraient tôt fait de voir en cette affaire un règlement de compte politique.

‪#‎Jeune‬ ,éteins ta télé et allume ton cerveau.

Tout porte à croire que cet incident serait arrivé à une  famille « moins gradée »  que cette mobilisation n’aurait pas lieu. Et oui! Mais comme on dit chez nous, « lorsque le feu brûle le toit du pauvre, il n’y a personne pour l’éteindre. Cependant, quand celui du riche homme s’enflamme, la foule accoure au secours ». Si cet épisode peut permettre d’assainir les relations entre la Police et la population, ce serait déjà un plus. Si elle va aussi renforcer la capacité d’indignation de la population et surtout des jeunes, quoi de mieux ?

Tout ce que je demande ici, en la mémoire du garçon mort, c’est que la lumière soit faite sur cette affaire. Non pas parce que son géniteur fut un haut gradé de l’armée mais parce chaque Béninois a droit à une justice équitable.

 

 

 

 

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Commentaires

Atman BOUBA
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En effet, on revendique pas la justice à cause de la position de son père mais juste parce qu'elle doit-être faite. Ça aurait pu être n'importe qui, la portée dépend de la réaction de la population.

Maurice THANTAN
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Pourtant ce n'est pas l'impression que j'aie. Je parie que ç'aurait été une autre personne moins importante que la population n'aurait pas réagi de manière aussi véhémente. De toutes les manières la justice doit être faite. Sans oublier que nous sommes tous coupables à un moment donné. https://ow.ly/GDcnR

steven elvis
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Tres belle reflexion si c'etais un enfant de pauvre comme moi q'auriez vous fait? ##yehoutocheAwotchoMigbohbo

Maurice THANTAN
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Voilà !

Morel
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Ça laisse perplexe tout ça. Vivement que la vérité soit faite !

Cypriano Lawson
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Oui, Maurice. Que la vérité soit faite sur cette histoire!