Des moutons sur le marché de Zongo à Sèmè-Podji.

Bénin : une Tabaski 2014 au goût de poulet

Tabaski : des moutons sur le marché de Zongo à Sèmè-Podji.

Des moutons sur le marché de Zongo à Sèmè-Podji.

Chaque année, des millions de musulmans à travers le monde célèbrent l’Aïd el Kébir. Plus couramment appelé Tabaski et relativement plus festif que son cousin le ramadan, l’événement donne l’occasion à de nombreuses réjouissances. Chaque famille (le père de famille en occurrence) immole un mouton en référence au sacrifice originel d’Abraham. Une fois le symbole passé, la viande de l’animal consacré va remplir les estomacs dans une ambiance de gaieté. Mais faudra-t-il encore que le mouton ait été acheté puis immolé. Cette année en effet, peu de fidèles musulmans ont pu s’offrir le privilège de sacrifier à la tradition. La flambée des prix sur le marché du bétail a obligé un certain nombre de personnes à se contenter d’une autre viande, plus modeste : le poulet.

Tabaski : Des moutons au prix d’or

Direction Zongo. Situé dans la commune de Sèmè-Podji à quelques kilomètres de la sortie est de Cotonou, c’est le marché de bétail. Le vaste marché en plein air a l’avantage de se trouver au bord de la route Cotonou-Porto Novo. Situation géographique idéale, elle permet à l’endroit de demeurer le principal lieu d’approvisionnement de bétail pour ce genre d’occasions. De fait, en ce jour spécial, l’affluence est monstrueuse. Les hommes se confondent aux troupeaux de bétails distancés de quelques mètres à peine les uns des autres. Certains moutons broutent, sous la conduite de jeunes gardiens, les herbes vertes des environs avant leur probable embarquement dans les prochaines minutes. La chaleur suffocante du soleil matinal soulève une forte odeur de bouse qui plane au-dessus de tout ce spectacle. Le bétail vient du septentrion. Depuis plusieurs semaines déjà, des camions chargés de moutons (et de bœufs aussi) en provenance du Nord du pays allaient terminer leur course sur le lieu.

Mais si la plupart des fidèles ont attendu le jour-j pour venir se procurer le précieux animal, c’est parce qu’ils ont longtemps hésité ou ils n’avaient plus le choix. Le mouton coûte trop cher cette année. En fait, chaque année, les prix du mouton ne cessent d’augmenter. Pour justifier cette hausse, les vendeurs évoquent de nombreuses raisons : le coût du transport (les moutons viennent du nord, voire du Niger ou du Mali), le foin, les soins vétérinaires, etc. Cette année, il faut compter entre 70.000 et 600.000 Francs Cfa pour en acquérir.
Idrissou, l’un des fidèles rencontrés sur place témoigne : « Wallaï, cette année le mouton coûte trop cher. Un petit mouton qui a à peine des cornes solides, on me dit 250.000 francs (CFA, ndlr). Si ce n’est pas à cause de mes enfants, je ne vais pas acheter ».

A l’heure de l’achat obligatoire, certains vendeurs n’hésitent pas non plus à jouer sur la contrainte morale de leurs vis-à-vis. La surenchère est telle que, découragés, certains clients doivent retourner chez eux bredouille malgré toute leur volonté de s’offrir le fameux animal. Pour ces derniers, la fête aura un autre goût.

« On se contente du poulet »

Il est une heure de l’après-midi. La prière a terminé depuis quelques heures. Dans les familles musulmanes, l’on s’affaire à la cuisine. Au quartier, l’odeur de viande de mouton provient de toute part. Rendez-vous chez un ami. Ici, pas de moutons immolé encore moins de bœuf. Faute de moyens, la famille n’a pas pu s’offrir la fameuse bête. A l’heure du repas, c’est plutôt du poulet qui sera servi. Mohamed, l’aîné explique : « Le mouton n’est pas obligatoire en fait. Quand on n’a pas les moyens, on n’a pas le choix non plus. Ce n’est pas une faute. On a voulu prendre un cabri mais le prix était hors de portée. Cette année, on se contente du poulet. La prochaine fois, Inch’Allah*, nous allons au moins tuer un bélier ».

Avec ou sans mouton, la fête a donc eu lieu. Après les rejouissances en famille, certains iront finir la Tabaski à la plage ou ailleurs. Espérons que l’année, tout le monde puisse avoir les moyens de se payer un mouton. Ou, plus réaliste, que les prix du mouton soient à la portée de toutes les bourses.
Salam !

* S’il plait à  Dieu !