Le football béninois, cette difficile équation (Partie II)

L'équipe nationale de football, les écureuils du Bénin.

L’équipe nationale de football, les écureuils du Bénin.

[Il y a un an, j’avais écrit un article intitulé “Le football béninois, cette difficile équation” dans lequel je relatais la situation dans lequel le football était empêtré. 12 mois sont passés et rien n’a changé, voici la suite de l’histoire. A l’origine, j’avais intitulé cet article : “Au Bénin, on sacrifie le football sur l’autel des intérêts personnels”]

Disons-le tout de suite : le football béninois se meurt depuis 2010. Les Écureuils du Bénin n’iront probablement pas à la Coupe d’Afrique des Nations 2017 au Gabon. Non pas parce que les performances des poulains de l’entraîneur Oumar n’auront pas été à la hauteur, mais parce que quelques dirigeants plus portés sur leurs intérêts sacrifient plusieurs générations de jeunes et mettent à genoux tout un peuple. Entre mauvaise gestion et guerre de succession quelques personnes prennent en otage le destin de tout un peuple et s’amusent avec.

Le football béninois connaît une phase critique de sa crise ouverte depuis plusieurs années depuis un peu plus d’un an. Tout a commencé fin mars 2015 quand le gouvernement d’alors avait décidé de retirer l’agrément à la Fédération béninoise de football. Officiellement, le ministre des Sports et le gouvernement de l’époque avaient évoqué la mauvaise gestion au sein de la Fédération et la division entre les acteurs. Le Comité de réunification et d’orientation qui avait été mis en place pour trouver des solutions avait recommandé un forum national du football réunissant les différents protagonistes autour d’une table. Ces assises n’ont toujours pas encore eu lieu.

Descente aux enfers

Mais surtout depuis l’époque, les choses ne se sont pas améliorées.  Aujourd’hui, la sélection nationale, pourtant en bonne position dans les éliminatoires de la Can 2017, est au bord d’une disqualification. Inutile de refaire ici le récit de tous les événements depuis la remise du rapport du Comité de réconciliation tant l’histoire est très complexe et les rebondissements sont nombreux. A noter seulement qu’on est entré dans nouvelle phase de descente aux enfers depuis le 10 mai 2016 date à laquelle la Fifa a décidé de suspendre les équipes nationales de Football du Bénin des compétitions. Une décision lourde de conséquences car les équipes nationales sont engagées dans les éliminatoires des coupes d’Afrique de leurs catégories respectives. L’équipe des moins de 20 ans, éliminée sur tapis vert dans les qualifications pour la Can Junior 2017, a été la première victime de cette suspension.

En effet, face à l’interminable crise, la FIFA et la Caf ont dû installer un comité dit de normalisation. Son rôle : réconcilier les acteurs et organiser une élection dans un délai de trois mois. A l’arrivée, aucun résultat atteint. Au contraire, la situation a empiré. Les querelles de personnes et les manipulations n’ont pas permis d’avancer. Plusieurs associations ont même accusé ledit comité d’avoir été manipulé et d’avoir encore créé plus de division entre les protagonistes.

En absence de consensus, une partie des protagonistes saisit la justice locale pour trancher alors qu’un congrès électif est annoncé avec une seule liste. Le tribunal de Porto-Novo prononce la suspension du congrès, ce qui a le mérite d’irriter le courroux de la Fifa. Conséquence, le Bénin est suspendu.

Gabon 2017 : un adieu programmé

Si aux contrairement aux juniors, la sélection nationale garde encore un espoir de poursuivre les éliminatoires, c’est seulement grâce à la clémence des instances mondiales du football. Le pays a obtenu un sursis jusqu’au 12 juin 2016 pour jouer son match qualificatif s’il arrivait à élire un nouveau président de la fédération avant cette date. Un nouveau congrès électif avait alors été programmé pour ce vendredi 10 juin 2016. Mais au vu des derniers développements, la sortie de la crise n’est manifestement pas pour maintenant.

En effet, après un dialogue de sourd entre les différents acteurs aux côtés du ministre des sports (qui a du appelé le président de la République à la rescousse au passage) ce mercredi 8 juin, le tribunal de Porto-Novo, saisi à nouveau par certains protagonistes, a encore prononcé ce jeudi une nouvelle suspension du congrès électif.

Pourtant il suffit que chaque camp protagoniste décide de faire un petit effort de consensus pour trouver une solution. Mais manifestement, les enjeux financiers et les intérêts personnels sont tellement énormes que chacun préfère tirer indéfiniment le drap de son côté. A moins que la rencontre annoncée entre les protagonistes et le Président de la République accouche d’une résolution miraculeuse ce jeudi soir, l’équipe nationale se dirige logiquement vers une sortie des éliminatoires de la CAN 2017 malgré tout son mérite. Et le public béninois sera une fois encore contraint de regarder la CAN sans l’équipe nationale. Car (finissons comme J. Rémy Ngono) comme le dit un proverbe africain, ce sont les herbes qui en souffrent.